A travers son film La Forme de l’Eau, Del Toro nous fait plonger dans une aventure amoureuse entre une jeune femme muette et une créature marine. Portant un message controversé mais puissant, cette œuvre ne peut que bouleverser le cinéma tout en mettant en lumière les relations amoureuses et sexuelles des personnes handicapées.

Elisa, muette, est une jeune femme de ménage travaillant dans un centre de recherche secret dirigé par le gouvernement américain pendant la guerre froide. Mise à l’écart à cause de son handicap, elle mène une vie isolée et monotone. Tout bascule lorsqu’une créature mi-homme mi- amphibien débarque au  cœur de son lieu de travail, où elle est retenue prisonnière et subit de cruelles tortures. Petit à petit, une relation émotionnelle profonde s’établit entre l’héroïne et la créature aquatique.

Rejetée par la plupart des gens sous prétexte de son handicap, Elisa est néanmoins acceptée par le monstre, muet comme elle. Ainsi, dans une déclaration poignante, Elisa explique : 

 

Quand il me regarde, il ignore en quoi je suis incomplète. Il me voit telle que je suis.  

 

Dans une tentative de libérer son chéri en le laissant s’échapper par un canal, Elisa se fait tirer dessus par son terrible patron, Richard.

En réaction, la créature tue Richard, prend dans ses bras son amoureuse et plonge dans le l’eau avec elle, où ils passent le reste de leur vie ensemble.

De nombreuses critiques considèrent le film comme une invitation pour les personnes en situation de handicap à accepter quiconque leur montre de l’intérêt. Ces critiques  affirment aussi que cette fable renforce l’idée que trouver un amoureux est un miracle pour ces personnes et qu’elles ne peuvent être aimées ou désirées que par un monstre. Ce camps estime que insister sur l’idée d’accepter l’autre au-delà de ses « défauts «-ici étant le handicap- laisse entendre que les « invalides( sont inférieurs aux « valides ». Ainsi, cela diminue les personnes handicapées dans leur humanité. Dans un article intitulé « Ma place est là où sont les autres », publié par Elsa Sjunneson-Henry-auteure et relectrice correctrice d’œuvres de fiction spéculative, on lit :

 

Je déteste voir de telles histoires souligner que nous ne pouvons en aucun cas être désirés en toute connaissance de cause.

   

Certes, Il est important de souligner que ce film véhicule une vision négative du handicap. Cependant, il me semble beaucoup plus important d’ouvrir les yeux sur un petit détail : La Forme de l’Eau n’est qu’un miroir d’une réalité sociale.

Avoir une vie intime est un droit primordial pour tou-te-s, mais dans les faits, cela n’est pas si simple. La misère affective et sexuelle reste le quotidien de millions des personnes handicapées dans le monde. Avant tout, ces créatures incomplètes ne rentrent pas dans « la norme sociétale ».

Aussi, La Forme de l’Eau est un grand coup de pied dans les stéréotypes qui décrivent les « invalides » comme des personnes asexuées. Ainsi, Del Toro aborde ouvertement la sexualité d’une  personne handicapée dans une démarche révolutionnaire . Dans la première scène du film, on voit l’héroïne en train de se masturber dans sa baignoire. Cela brise les convenances sociales considérant la vie sexuelle des personnes handicapées comme tabou. Etre handicapé ne signifie pas être dénué du désir sexuel. Qu’on soit sourd-e, muet-tte, aveugle, mutilé-e ou déficient-e intellectuel-lle…, on a tou-te-s des désirs.

Et oui, on est tou-te-s des êtres humains !


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